Qu'est-ce que le Druidisme ?

 
Le Druidisme représente l'expression de la spiritualité païenne du peuple celte.
C'est pourquoi on peut aussi parler de paganisme celtique
Paganisme car il est historiquement incontestable que les Druides étaient païens :
les témoignages des contemporains (Grecs ou Romains) ainsi que les traces archéologiques en fournissent d'innombrables preuves.
Celtique car les Druides étaient à la fois des Philosophes et des Prêtres. des Celtes.
Philosophes car ils ont souvent été comparés par leurs contemporains gréco-romains à Pythagore.

Remarque importante
Le Druidisme comme la plupart des spiritualités païennes antiques se définit sur des critères culturels et non raciaux. Les Druides étaient les guides spirituels des Celtes simplement par ce qu'ils étaient issus des populations celtiques. Les autres populations avaient leurs propres hiérarchies sacerdotales, que les Druides respectaient, et avec lesquels ils avaient de nombreux échanges

 

(voyages)

Prêtres car l'archéologie moderne révèle chaque jour de nouveaux vestiges des sanctuaires et les restes des sacrifices et des rites pratiqués par les Druides.
 
Du fait de leur sagesse et de leur spiritualité, ils étaient les plus à même de remplir dans la société celtique toute une série de fonctions sociales comme juge, conseiller des rois, diplomates, professeurs, etc.
" L'homme qui trouve sa place dans la Nature,
prends conscience des esprits,
des aspects du divin qui résident dans les montagnes, les forêts et les sources "

(Alain Danielou)

Ils avaient maîtrisé et développé leurs dons au cours d'une longue ascèse (au moins 20 ans d'études) et certains d'entre eux étaient devenus Maîtres forgerons, voyants, médecins, etc.
 
Leur doctrine se caractérisait par sa nature panthéiste et a-dogmatique
 
La Nature est divine. Il n'y a pas de Dieu créateur comme dans la Genèse biblique, mais des Divinités qui représentent tel ou tel aspect de la Nature. Certains considèrent qu'elles en sont des manifestations.
a-dogmatique
On ne peut comprendre le Druidisme si on l'imagine sous l'aspect d'une spiritualité unique en confondant ses différentes phases d'évolution au cours des siècles et ses multiples interprétations régionales.
Il n'y a pas UN Druidisme mais DES Druidismes, probablement autant que de Collèges, voire que d'Initiés.
 

 
Représentation gallo-romaine de
Lug (?), noter le vêtement : braies
(pantalon gaulois) et cape/manteau,
le bâton (cep de vigne ?),
e chien, la serpe et les fruits.
Corgoloin (près de Dijon).

Statue calcaire de " Divinité " ou de chasseur héroïsé, Hte Marne (France).

" Tout dit dans l'infini quelque chose à quelqu'un ;
Une pensée emplit le tumulte suprême,
Dieu n'a pas fait un bruit sans y mêler le verbe
Tout, comme toi, gémit, ou chante comme moi ;
Tout parle ? Ecoute bien. C'est que vents, ondes, flammes,
Arbres, rochers, tout vit ! Tout est plein d'âmes "

 

(Victor Hugo)

Le malade boit l'eau de la source et accroche
un morceau de vêtement à une branche
de l'arbre aux loques pour être guéri.

 

Les Druides de l'antiquité ne voulaient pas écrire la doctrine sacrée.
Cette volonté ouvertement affichée avait notamment pour objet de ne pas figer le Verbe dans des mots humains.
Ainsi seul le philosophe, l'Initié, était capable d'interpréter le sacré. Nul ne pouvait accéder à la puissance du Verbe sans avoir été initié oralement par un Maître. D'où le drame que représente l'ethnocide culturel et cultuel de la romanisation et de surtout de la christianisation. Lorsque " ceux qui savaient " furent dispersés et/ou tués, que les lieux de savoir furent profanés (et souvent détournés de leur but originel) les rares païens qui avaient survécu furent incapables de renouer le lien magique entre le monde des hommes et celui des Dieux. Cette rupture dramatique est toujours d'actualité malgré plusieurs siècles de recherches sur nos racines celto-druidiques.
 
Aucun rituel druidique ne nous est parvenu car les Druides refusaient de transcrire leur savoir par écrit. Toutes les reconstitutions modernes sont donc probablement complètement fausses (au mieux approximatives). Les rites sacrificiels ou héroïques retrouvés par les archéologues dans des sanctuaires comme Gournay sur Aronde, Ribemont sur Ancre ou Vertault ne correspondent pas aux expressions de la spiritualité contemporaine.
Pour l'instant on n'a pas encore retrouvé
de trace des rites individuels ou familiaux.
Ce sont eux que les Groupes druidiques contemporains essayent de reconstituer.
Les recherches contemporaines butent sur un autre écueil, il est relativement facile de reconstituer le panthéon celtique d'après la documentation gallo-romaine, l'étude comparée des religions, etc.
On arrive à peu près à comprendre ce premier niveau d'interprétation symbolique, mais, dès que l'on cherche à cerner la pensée métaphysique, spirituelle, philosophique, on manque de source celtique (non-transcription écrite de la doctrine sacrée).
On est alors tenté de s'inspirer soit du christianisme irlandais (au risque de mélanger le substrat druidique aux censures et rajouts des moines copistes) soit d'autres traditions comme la philosophie grecque ou l'Hindouisme.
Notons que :
- le Pythagorisme était (dans l'antiquité) considéré comme très proche du Druidisme.
- les historiens considèrent que, lorsque les Indo-Européens se sont divisés en deux branches (l'une allant en Europe, l'autre en Indes), Druidisme et Hindouisme présentent de nombreuses similitudes.
Par contre il y a aussi de nombreuses différences dues à des millénaires d'influences divergentes. Ainsi, rien n'indique que les Celtes appliquaient un système de caste aussi rigide et diversifié que celui de l'Inde actuelle.

Déesse des sources (Bath, Angleterre) représentée ici sous les
traits de Belen, elle était capable
de guérir mais aussi de maléficier.
 
tête de taureau tricorne
(manque corne centrale).
Martigny (Suisse).
 

Les fêtes celtiques
 
Elles sont de trois ordres :
 

Fêtes celtiques lunaires : Samain, Imbolc, Belteine, Lugnasad.

 

 

Fêtes pré-celtiques solaires : solstices et équinoxes.

 

 

Fête d'Epona, cueillette du gui, cérémonies locales (liées à un sanctuaire, à un pèlerinage, etc.) et/ou familiales.

La cueillette du gui est assez bien connue à cause d'un passage de Pline qui la décrit brièvement.

Les quelques détails matériels des rites sacrificiels retrouvés à Gournay sur Aronde, Vertault ou Ribemont sur Ancre ne corresponde ni aux rites familliaux (dont les archéologues n'ont pas beaucoup recherché les traces), ni aux expressions de la spiritualité contemporaine.
statue calcaire d'Epona trouvée dans
une maison gallo-romaine du Mont Auxois (Alésia).
Musée d'Alise St Reine.
 

Quelques repères chronologiques

Qui étaient les Celtes ?

Les Celtes forment un rameau des peuples indo-européens venant d'une région d'Europe de l'est (ou d'Europe centrale) mal déterminée aujourd'hui.
Remarque 1
Certains considéraient au siècle dernier qu'il y avait en Europe une certaine forme de Druidisme avant l'arrivée des Celtes. Ils s'appuyaient sur une parenté entre Celtes et populations pré-celtiques. En effet, hormis Basques et Etrusques, tous les Européens proviennent des différentes vagues d'invasions successives. Mais, maintenant, la plupart des chercheurs pensent que cette théorie ne repose pas sur des bases historiques suffisamment sérieuses.
Remarque 2
Les termes indo-européens, Celtes, etc. a été récupérés et déviés de leur sens historique et archéologique à une époque moderne par des idéologies racistes qui n'ont rien à voir avec la tolérance spirituelle de nos Ancêtres et les objectifs du GDG.
Vase en tole de bronze doré orné de trois personnages dont ce héros.Glauberg (Hesse). Origine celtique.

 

torque en argent décoré de têtes de taureau, trouvé à Trichtingen (Allemagne).

 

Porte enseigne militaire (ou cimier de casque) en bronze trouvé à Bata (Hongrie)
Les Celtes arrivent en Europe occidentale vers - 700 environ. Ceux qui s'installent en Gaule s'appelleront les Gaulois. Chaque tribu a ses propres Divinités (Dieux et Déesses), ses propres sanctuaires, ses propres prêtres et prêtresses. Malgré cette diversité apparente du polythéisme celto-druidique, il y a une profonde unité religieuse (toutes les Divinités sont frères et soeurs comme les arbres d'une forêt) due au syncrétisme païen et à la naturelle tolérance des religions polythéistes. Tout païen peut aller prier n'importe où sans être inquiété pour les différences de son rite... Au fil des siècles et de l'expansion des Celtes, les Druides deviendront peu à peu les gardiens de la culture celtique en maintenant un lien (culturel, cultuel, linguistique) entre des peuples parfois très éloignés géographiquement.
...- 700 : les Celtes arrivent en Europe occidentale.

...- 500 : les Celtes arrivent en Gaule.

.- 58 à - 51, Jules César envahit la Gaule.
La plupart des Druides soutiennent Vercingétorix et la résistance à l'envahisseur romain.
Après la victoire de Rome, les Druides les plus compromis avec la résistance gauloise sont exécutés.
Les autres n'ont plus le droit d'enseigner, de devenir fonctionnaire (édits de Tibère, de Claude, etc.).
Mais Rome tolère le Druidisme en tant que religion plus ou moins clandestine dans la mesure où ses membres ne troublent pas l'ordre public et ne sont pas citoyens romains.

+ 58, Rome détruit le sanctuaire de l'île de Mona (Anglesey).
Il s'agit alors de briser le coeur religieux s'opposant à la romanisation des tribus celtiques de Grande Bretagne (menées par la Reine Boudicca).

A partir du III° siècle, Rome prend enfin la mesure du péril monothéiste et tolère de plus en plus ouvertement les cultes indigènes, dont le Druidisme pour la Gaule. Les archéologues constatent par exemple un renouveau des cultes à Smertrios et Teutates dans le sanctuaire du Donon. Culte ouvertement revendiqué par des Prétoriens de la garde personnelle de l'empereur (dédicaces funéraires).
On trouve de même des dédicaces à la Déesse gauloise Epona autour de Rome dans les cantonnements de la cavalerie. Ces Prétoriens et auxiliaires étaient recrutées en Gaule et, bien que citoyens romains, ils avaient le droit de prier les Divinités de leurs ancêtres. Mais malgré ces tentatives de synergie, l'image impérialiste de Rome est trop négative pour fédérer les différentes formes de spiritualités païennes.

+ 529, L'Empereur romain Justinien interdit officiellement la pratique des cultes païens, interdiction qui sera renouvelée et assortie de sanctions de plus en plus lourdes (peine de mort pour les prêtres et les fidèles). Le christianisme qui vient de faire main basse sur le pouvoir impérial élimine ses principaux rivaux (les cultes de Cybèle, d'Isis et de Mithra), il s'attaque ensuite aux métropoles régionales, puis enfin à l'empire tout entier. Le monothéisme triomphant montre son vrai visage et retourne contre ses adversaires la machine de guerre de l'empire romain.

Voir par exemple les persécutions de l'ex légionnaire romain " St " Martin quadrillant la Gaule avec une bande armée (et la bénédiction de l'administration romaine !) pour détruire les petits sanctuaires ruraux. Un Dieu qui se veut unique et universel ne peut en effet tolérer aucune autre forme d'expression religieuse. Tout dialogue ou compromis est impossible avec celui qui réfute la réalité même de vos croyances : toute Divinité païenne n'est qu'un démon, une idole, un faux dieu...

Occultation progressive des cultes païens en Europe. Disparition des Collèges druidiques où ce qu'il en reste. Le christianisme s'impose peu à peu, et s'identifie à l'image de l'empire romain. Les Barbares qui menacent puis conquièrent l'empire rêvent de devenir César et de restaurer l'empire. D'où la conversion de Clovis qui ordonnera à ses quelques milliers de Francs

(des envahisseurs germains) de se faire baptiser.

D'où le nom de France. Est-il utile de préciser que les millions de Gaulois constituant l'essentiel de la population ne sont pas consultés et que beaucoup (surtout dans les campagnes) sont encore païens. D'où le terme de païen qui vient de pagus (pays, région) et de paganus (paysan).

L'empereur Charlemagne s'allie avec l'Eglise chrétienne et, au nom du Christ, essaye de soumettre et convertir Basques et Saxons. Après avoir renversé l'Irminsul (un arbre sacré) des Saxons il entreprend de les convertir de force : le baptême ou la mort. Mais à Werden plusieurs milliers de Saxons préférèrent mourir... Les évangélisateurs donnent aussi des cadeaux à ceux qui acceptent le baptême.
Cette pratique sera courante jusqu'au XX° siècle durant la colonisation de l'Afrique, de l'Amazonie, de l'Océanie... D'où les récriminations d'un évêque du VIII° siècle se plaignant de voir chaque année les mêmes Saxons se présenter au baptême pour recevoir des vêtements neufs en cadeau, tout en continuant à pratiquer des rites païens en secret...

XII° siècle : christianisation forcée (mais heureusement superficielle) des Etats Baltes, dernier peuple officiellement païen d'Europe. La longue nuit des libertés religieuses couvre maintenant presque l'ensemble du monde médiéval. Et l'Occident n'aura de cesse de faire partager son asservissement spirituel à l'ensemble du monde.
Comme pour Clovis ou Charlemagne, l'évangélisation des sauvages ou des païens est un argument facile pour justifier conquêtes, spoliations et asservissement des populations au fur et à mesure de leur découverte.

eluminure médiévale. Merlin explique le sens symbolique du combat du dragon rouge (les Celtes anglais) contre le dragon blanc (les envahisseurs saxons).

Tête en pierre du Dieu de la jeunesse Maponos, trouvé à Corbridge (Northumberland, Angleterre). Un trou creusé au sommet de la tête servait à faire des libations.
 

Le Labaron
 
symbole de notre religion celto-druidique, païenne et polythéiste
 
Sur une monnaie des Bituriges Cubi (région de la Loire et de la Vienne), le Labaron est représenté entre les jambes d'un cheval surmonté d'un sanglier. Sur une autre monnaie des Véliocasses (région de Rouen, Vexin), le Labaron est placé entre les pattes d'un sanglier qui correspond probablement à une enseigne militaire.
A une croix celtique irlandaise (christianisée) ou une croix à branche verticale (trop politisée à notre époque), nous préférons le Labaron ou X de Taranis.

Symbole de notre foi païenne, le Labaron nous donne aussi la clé des quatre grandes fêtes celtiques (Samain, Imbolc, Belteine, Lugnasad) par rapport aux fêtes pré-celtiques des solstices et des équinoxes.Lors de son pèlerinage au sanctuaire

d'Apollon Grannos (Grand, près de Langres dans les Vosges), c'est par ce signe céleste que le futur empereur Constantin sût que les Dieux païens lui apporteraient la victoire sur son rival Maxence au pont de Milvius et que son règne durerait 30 ans (X = 10, 3 X = 30).
Plusieurs panégyristes de cour de l'époque confirmeront dans leurs éloges officiels le caractère païen de la vision de Constantin.
Ultérieurement, les chrétiens prétendront que cet empereur s'est converti sur son lit de mort et transformeront en chrisme le Labaron. Pourtant, l'édit de Milan n'est qu'un édit de tolérance dans la logique de la pensée païenne qui n'avait pas encore pris la mesure du caractère totalitaire et impérialiste des différentes formes de monothéismes, dont le christianisme sera la principale expression en Gaule proprement dite.

Autel gallo-romain en grès trouvé près du Mithraeum de Sarrebourg. Il est orné d'un représentation de Sucellos et Nantosuelta, en dessous se trouve un oiseau (aigle ?), au dessus, une inscription : " Deo Sucello / Nantosuelte / Bellausus mas/se filius v(otum) s(olvit) l(ivens) m(erto) " que l'on peut traduire par au Dieu Sucellos et à Nantosuelta, Bellausus fils de Massa, a accompli son voeu de bon gré comme de juste.Musée de Metz.

 

Représentation gallo-romaine de Sucellos tenant un énorme maillet et un petit vase, " X " difficilement visibles sur son vêtement (Labaron). Crépey (Côye d'Or).